



Livré en 2025, le projet de réhabilitation lourde du Bâtiment 60 du CERN marque une étape majeure dans la modernisation du site historique de Meyrin. Situé au centre du Main Building, ce bâtiment emblématique constitue depuis la fin des années 1950 un repère architectural et institutionnel fort. Construit par les architectes Peter et Rudolf Steiger, il a été reconnu pour sa valeur architecturale exceptionnelle lors de l’évaluation réalisée en 2016 par l’Office des Monuments et des Sites. Cette rénovation d’envergure répondait à un double enjeu : préserver un patrimoine unique tout en répondant aux exigences contemporaines en matière de sécurité, de confort et de performance énergétique.
Réhabilitation lourde du Bâtiment 60 du CERN (BT60) à Meyrin (Suisse)
Maître d’ouvrage : CERN (European Organization for Nuclear Research)
Équipe de maîtrise d’œuvre : TETRAPYLE RHONE-ALPES, ASS ARCHITECTES ASSOCIES, EDMS INGENIEURS, SYNAXIS, SB TECHNIQUE, RYSER ECO, PSA, DINGES CONSULTING, PLANAIR
Montant de travaux : 12,7 M€HT
Livraison : 2025
Surface : 2 500 m² SP
Le bâtiment 60 se situant au centre du Main Building est depuis son origine un des bâtiments les plus représentatifs du CERN. Conçu dès son origine pour accueillir la fonction du bâtiment administratif, il regroupe historiquement les bureaux de la Direction Générale du CERN, symbolisant la gouvernance et l’organisation de l’institution. Son architecture reflète l’ambition des années 1950 : créer un bâtiment moderne, lumineux et fonctionnel, tout en s’intégrant dans une composition urbaine structurante. Le bâtiment est composé de quatre niveaux, surélevés sur un socle de deux étages, accueillant des fonctions essentielles telles que le restaurant, les banques et les salles du conseil. Cette organisation verticale a permis dès l’origine de combiner des espaces de représentation, de travail et de services, renforçant son rôle central dans la vie quotidienne du CERN.
L’un des aspects les plus marquants du bâtiment réside dans sa conception structurelle. Le bâtiment est constitué dans sa partie inférieure d’une structure en béton armé avec précontrainte, tandis que la partie supérieure repose sur une charpente métallique formée de cadres. Cette combinaison de matériaux, typique de l’époque, offre à la fois robustesse et flexibilité, tout en donnant au bâtiment une impression de légèreté. Les dalles des étages sont constituées d’un plancher à hourdis, composé de poutrelles métalliques, d’entrevous en béton préfabriqué et d’une dalle en béton armé coulée sur place. Les façades principales sont fortement vitrées, tandis que les deux murs pignons, pleins, sont réalisés en béton armé. L’ensemble repose sur deux poteaux en béton armé, contribuant à cette esthétique aérienne, presque suspendue, qui fait partie intégrante de son identité architecturale.
À l’intérieur, l’organisation des espaces suit une logique rationnelle et répétitive, conçue pour optimiser les circulations. Chaque étage est structuré autour d’un couloir longitudinal desservant les bureaux et les salles de réunion de part et d’autre. Toutefois, ce couloir, long de 30 mètres, s’est révélé au fil des décennies particulièrement inadapté aux standards actuels. Très sombre, du fait qu’aucune lumière naturelle ne le pénètre latéralement, il crée un environnement peu accueillant pour les usagers. De plus, un grand nombre d’armoires est intégré dans « l’épine » centrale, correspondant à une épaisseur structurelle sous sommiers métalliques. Si cette disposition était ingénieuse pour maximiser les rangements et rationaliser les surfaces, elle a progressivement accentué l’effet massif et fermé du couloir. Les façades, rythmées verticalement par les piliers métalliques et horizontalement par les menuiseries métalliques ainsi que les bandeaux en plaques d’Eternit ondulées, témoignent aussi d’une esthétique typique de l’après-guerre, aujourd’hui patrimoniale mais nécessitant une intervention délicate.
Au cours de son histoire, le bâtiment a connu plusieurs transformations ponctuelles ; cependant, aucune rénovation majeure n’avait été réalisée, ni d’un point de vue énergétique ni en matière d’aménagement intérieur. Avec le temps, l’analyse de l’état existant a mis en évidence des limites structurelles, techniques et sanitaires, notamment en raison de l’amiante omniprésente. Cette situation démontrait clairement un besoin de travaux d’assainissement et de rénovation générale. La réhabilitation lourde du Bâtiment 60 du CERN, livrée en 2025, s’est donc imposée comme un projet stratégique : garantir la sécurité des occupants, remettre à niveau les installations, moderniser les espaces de travail, tout en respectant la valeur architecturale exceptionnelle du bâtiment. Ce chantier symbolise aujourd’hui la capacité du CERN à conjuguer patrimoine et innovation, en adaptant un édifice historique aux besoins d’un campus scientifique international tourné vers l’avenir.



